Par Rakshan

Publié le 20/07/26

Temps de lecture : 10min

Travaux en copropriété : règles, autorisations et démarches

Le guide complet pour réussir.

Réaliser des travaux en copropriété implique d'abord de distinguer ce qui relève de son lot privatif et ce qui touche aux parties communes. Cette frontière détermine si une simple déclaration suffit ou si un vote en assemblée générale est nécessaire. Ce guide détaille les règles applicables selon la nature du projet, les majorités requises, les démarches à suivre auprès du syndic de copropriété et les solutions pour financer son projet.


Parties privatives ou parties communes : la distinction qui change tout


En copropriété, une règle commande tout le reste : les travaux réalisés sur une partie privative sont en principe libres, tandis que ceux qui touchent une partie commune exigent l'accord de la copropriété. Chaque lot associe en effet une partie privative, l'intérieur de l'appartement ou du local commercial, à une quote-part des parties communes : structure du bâtiment, façade, toiture, hall, escaliers, ascenseurs, canalisations collectives ou espaces verts.

Le règlement de copropriété, remis à chaque propriétaire, précise cette répartition lot par lot et peut ajouter des règles propres, notamment sur les horaires de chantier. C'est le premier document à consulter avant tout projet.


Les travaux dans les parties privatives

Les travaux purement intérieurs (peinture, revêtement de sol, réfection d'une salle de bain, cuisine, cloison non porteuse) sont en principe libres, sans vote en assemblée générale ni avis du conseil syndical. Cette liberté a des limites : ils ne doivent porter atteinte ni à la destination de l'immeuble, ni à sa solidité, ni au confort ou à la sécurité des autres copropriétaires.

Un chantier générant des nuisances sonores répétées, ou des infiltrations vers les parties communes, peut engager la responsabilité du propriétaire, même pour un aménagement strictement intérieur.


Les travaux touchant les parties communes ou l'aspect extérieur

Dès qu'un projet touche les parties communes ou l'aspect extérieur, l'accord de la copropriété devient obligatoire. Sont notamment concernés :

  • le percement d'un mur porteur
  • la modification de façade
  • le changement de fenêtres ou de volets
  • l'installation d'une climatisation extérieure
  • la pose d'une véranda

Plus largement, tout équipement visible depuis l'extérieur entre dans cette catégorie.

Un cas particulier mérite attention : le droit de jouissance privatif, qui permet d'utiliser à titre exclusif une partie commune (balcon, terrasse, jardin privatif) sans en être pleinement propriétaire. Les aménagements y restent encadrés par le règlement de copropriété et peuvent exiger une autorisation en assemblée générale.


Quels travaux nécessitent un vote en assemblée générale ?

Tout projet affectant les parties communes est soumis au vote de l'assemblée générale, avec une majorité qui varie selon la nature et l'ampleur des travaux. La loi du 10 juillet 1965 organise quatre niveaux de majorité, du plus accessible au plus exigeant, résumés ci-dessous. La loi ALUR a depuis abaissé plusieurs seuils, en soumettant à la majorité simple des travaux collectifs auparavant plus encadrés.

Majorité

Article

Voix requises

Types de travaux concernés

Majorité simple

Article 24

Voix exprimées des présents/représentés

Entretien, maintenance, mise en conformité, rénovation énergétique

Majorité absolue

Article 25

Tous les copropriétaires (présents, représentés, absents)

Amélioration, individualisation des compteurs, borne de recharge

Double majorité

Article 26

2/3 des voix de tous les copropriétaires

Actes de disposition, suppression d'un équipement commun

Unanimité

Aucun

Tous les copropriétaires

Atteinte à la destination de l'immeuble ou aux droits des copropriétaires


La majorité simple (article 24)

L'article 24 retient la majorité des voix exprimées par les copropriétaires présents ou représentés. Il couvre la gestion courante : entretien du bâtiment, maintenance des équipements collectifs, mise en conformité réglementaire et la plupart des travaux de rénovation énergétique.

Le ravalement de façade sans modification de l'aspect extérieur, ou le remplacement d'une chaudière de chauffage collectif, relèvent typiquement de ce seuil, plus facile à atteindre que les suivants.


La majorité absolue (article 25)

L'article 25 exige l'accord de la moitié de tous les copropriétaires, qu'ils soient présents, représentés ou absents. Il vise les travaux d'amélioration, comme l'installation d'un ascenseur, l'individualisation des compteurs d'eau et de chauffage ou la pose d'une borne de recharge pour véhicule électrique.

Si ce seuil n'est pas atteint mais que le projet réunit au moins un tiers des voix, l'article 25-1 autorise un second vote immédiat à la majorité de l'article 24. Cette passerelle facilite l'adoption des projets proches du seuil.


La double majorité (article 26) et l'unanimité

L'article 26 impose une double condition : les deux tiers des voix de tous les copropriétaires, représentant aussi la majorité en nombre. Il vise les actes de disposition sur les parties communes ou la suppression d'un équipement commun devenu inutile.

L'unanimité, quant à elle, reste réservée aux cas les plus sensibles : tout projet qui porterait atteinte à la destination de l'immeuble ou aux droits des autres copropriétaires.


Comment faire voter ses travaux en assemblée générale ?

Faire voter des travaux suit une procédure en quelques étapes :

  1. Demander l'inscription du projet à l'ordre du jour, par lettre recommandée au syndic, au moins 21 jours avant l'assemblée générale.

  2. Joindre un descriptif détaillé et des devis, et consulter si besoin le conseil syndical en amont pour un vote éclairé.

  3. Faire voter le projet en assemblée générale, selon la majorité applicable à la nature des travaux.

  4. Engager les démarches d'urbanisme si nécessaire : déclaration préalable en mairie pour une modification de façade, permis de construire pour les projets d'ampleur.

Le syndic assure ensuite le suivi du chantier, jusqu'à la livraison de votre appartement neuf après une rénovation lourde.


Les travaux d'urgence et les travaux imposés par la loi

Certains travaux échappent au vote préalable : quand la sauvegarde de l'immeuble est en jeu (fuite majeure, risque d'effondrement), le syndic engage les travaux d'urgence sans attendre l'assemblée générale, la ratification intervenant ensuite.

Plusieurs obligations légales peuvent aussi imposer des travaux, indépendamment de la volonté des copropriétaires :

  • le plan pluriannuel de travaux (PPT)
  • le diagnostic technique global (DTG)
  • le DPE collectif

Ces dispositifs orientent la copropriété vers un calendrier de rénovation contraint.


Horaires des travaux : ce que prévoit le règlement de copropriété

Le règlement de copropriété reste la référence principale pour encadrer les nuisances sonores liées aux chantiers. À défaut de précision dans ce document, les usages retiennent généralement des créneaux distincts selon l'intensité des travaux.

Les travaux légers (perceuse, ponçage, petit bricolage) sont souvent tolérés du lundi au vendredi, de 8 h à 12 h et de 14 h 30 à 19 h ; les travaux lourds, plus bruyants, entre 7 h et 20 h. Ils restent interdits les dimanches et jours fériés, sauf urgence. Ces plages variant d'un immeuble à l'autre, mieux vaut consulter le règlement avant tout chantier, même privatif.


Travaux de rénovation énergétique en copropriété

En copropriété, les travaux de rénovation énergétique relèvent le plus souvent de la majorité simple de l'article 24, ce qui facilite leur adoption. Ils recouvrent l'isolation thermique, la modernisation du chauffage collectif ou le ravalement avec isolation par l'extérieur, et s'inscrivent dans un calendrier réglementaire de plus en plus strict, la lutte contre les passoires énergétiques restreignant peu à peu la mise en location des logements les moins performants.

Il est conseillé de voter en amont un audit énergétique ou un DPE collectif, afin de prioriser les postes de travaux les plus efficaces et de monter un dossier solide pour les demandes d'aides.


Comment financer des travaux en copropriété ?

Le fonds de travaux, obligatoire pour la plupart des copropriétés, est alimenté chaque année à hauteur d'au moins 5 % du budget prévisionnel. Il anticipe les dépenses futures et évite un appel de fonds exceptionnel. Chaque copropriétaire y contribue selon sa quote-part, calculée sur les tantièmes de son lot.

Plusieurs aides réduisent le reste à charge :

  • MaPrimeRénov' Copropriétés, pour les rénovations énergétiques globales
  • les certificats d'économies d'énergie (CEE)
  • l'éco-PTZ collectif, un prêt à taux zéro souscrit par la copropriété

Un copropriétaire peut aussi financer sa quote-part par un prêt travaux individuel. Il ne peut pas refuser de payer des travaux régulièrement votés, même s'il s'y est opposé lors du vote.

À ce titre, acheter un logement neuf a un avantage : les premières années, charges et fonds de travaux restent maîtrisés, l'immeuble étant récent et les équipements sous garantie.


Sanctions et recours en cas de travaux non autorisés

Réaliser des travaux sur les parties communes sans autorisation expose à des sanctions. Le syndicat des copropriétaires peut exiger la remise en état aux frais du contrevenant, au besoin par décision de justice, et cette action reste possible jusqu'à 10 ans après les travaux. S'y ajoutent d'éventuelles amendes, notamment quand une autorisation d'urbanisme requise n'a pas été obtenue.

Les entreprises qui réalisent les gros travaux engagent aussi leur responsabilité, au titre de la garantie décennale, qui couvre pendant dix ans après réception les désordres compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination.


Que faire en cas de refus de l'assemblée générale ?

Si le refus d'autoriser des travaux privatifs paraît injustifié, le copropriétaire peut saisir le tribunal judiciaire dans un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée générale. Ce délai impératif court dès la réception officielle du document.

Mieux vaut prévenir : informer le syndic en amont, réunir les voisins concernés ou faire appel à un médiateur permet souvent de trouver un accord amiable et d'éviter un contentieux long et coûteux.


FAQ - Questions fréquentes


Peut-on faire des travaux dans son appartement sans l'accord de la copropriété ? 

Les travaux purement privatifs sont libres, dans la limite du respect de la destination de l'immeuble, de sa solidité et des droits des voisins. Dès que les parties communes ou l'aspect extérieur sont touchés, un vote en assemblée générale devient obligatoire.


Quelle majorité faut-il pour voter des travaux en copropriété ? 

La majorité dépend de la nature des travaux : article 24 (majorité simple) pour l'entretien et la rénovation énergétique, article 25 (majorité absolue) pour les améliorations, article 26 (double majorité) ou unanimité pour les cas les plus lourds.


Qui paie les travaux dans les parties communes ? 

Les travaux votés sur les parties communes sont répartis entre tous les copropriétaires selon leurs tantièmes, via les appels de fonds du syndic et, le cas échéant, le fonds de travaux constitué à l'avance.


Peut-on refuser de payer des travaux votés en assemblée générale ? 

Non : un copropriétaire, même opposé au vote ou absent, est tenu de payer sa quote-part des travaux régulièrement votés. Il peut néanmoins contester la décision elle-même devant le tribunal judiciaire.


Quel est le délai pour contester un vote de travaux en copropriété ? 

Un copropriétaire opposant ou défaillant dispose d'un délai de 2 mois à compter de la notification du procès-verbal d'assemblée générale pour contester la décision devant le tribunal judiciaire.

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